Beaucoup de parasols et d’estivants sur l’immense plage de Rachgoun en ce début de matinée d’août. Mais il est rare de voir des femmes nager en maillot de bain. Sous le regard indifférent de la junte masculine des femmes et même des jeunes filles font trempette dans l’eau tout habillées.
Quelle stratégie de développement pour les régions côtières ?
On parle même de l’avènement d’un maillot de bain «islamique» en provenance de Turquie Un maillot de bain qu’on a essayé de repérer, mais en vain. Autre temps, autres mœurs. Au complexe touristique Nabil et si on n’est pas résident, on doit dépenser 400 dinars par personne pour accéder à la plage dite la Marmite.
Ce montant donne droit à une place de parking, un parasol, une table et un transat. Mais il y a mieux, sur cette plage les femmes n’ont aucun complexe à nager en maillot de bain vu qu’elles sont nombreuses. Malgré les prix élevés de la location et ceux de l’accès aux plages et aux piscines les deux complexes touristiques de Rachgoun n’offrent pas une qualité de service qui réponde aux normes internationales. Nous n’avons croisé aucun touriste étranger tout au long de notre séjour. «Notre clientèle est constituée exclusivement d’Algériens venu des différentes régions du pays et de nos compatriotes vivant à l’étranger qui viennent ici joindre l’utile à l’agréable ; rendre visite à la famille et passer quelques jours au bord de mer» nous confie un hôtelier.
Mais le plus grand problème de Rachgoun tout au long de la saison estivale reste la pollution sonore. Du lever du jour jusque très tard le soir le bruit ne vous quitte à aucun moment : circulation automobile et des décibels à fond s’échappant des multiples commerces et des véhicules rendent difficile le sommeil. Ici, le rai est roi.
Mais avant de quitter Rachgoun, deux faits ont attiré notre attention. Le premier est d’ordre historique. Oued Tafna débouche sur la plage de Rachgoun, il marque la limite frontalière entre la commune de Beni Saf et celle d’Oulhaça. Cet oued à vu naître le premier royaume numide des Massaesyles et son roi, Syphax, qui a régné de 250 à 202 avant JC. Les ruines du tombeau qui devait accueillir sa dépouille sont visibles au sommet d’une colline. Et les archéologues situe le site d’implantation de la capitale de ce royaume, Siga, un kilomètre en amont de oued Tafna. Cet oued a donné aussi son nom au traité signé le 30 mai 1837 entre l’émir Abdelkader et le général Bugeaud suite à la défaite de l’armée coloniale française à Sickak. Malgré le fait que ce lieu est chargé d’histoire les concepteurs du plan d’urbanisme, qui n’a jamais été respecté, de Rachgoun n’ont à aucun moment prévu l’édification d’un musée. «Pourtant cette région à grandement besoin d’un lieu pouvant abriter son histoire et sa mémoire. Il est dommage que les dizaines de milliers de personnes qui viennent de toutes les régions du pays passer des vacances ici chaque année ne puissent pas prendre connaissance de cette riche histoire.
Il est important que les jeunes de ce pays sachent que leurs ancêtres bâtissait des villes il y plus de 2500 ans. Et qu’ils se sont durement battu pour préserver leur liberté» nous dira un enseignant à la retraite.
Et toujours concernant ce plan d’urbanisme conçu en l’an 2000 un immense hangar construit sur la rive gauche de Oued Tafna attire notre attention. Cette infrastructure devrait abriter une ferme aquacole. Cette ferme a été construite sur un site, qui selon le plan d’urbanisme, était destiné à abriter une discothèque, des terrains de sport et un parking. Au mois de septembre 2005, le ministre de la pêche et des ressources halieutiques inspecta ce projet dont les travaux à l’époque avoisinaient les 75%. Cette ferme devrait produire mille tonnes de loup de mer et de dorade et créer 60 emplois. Quatre ans plus tard, ce projet qui aurait coûté la bagatelle de 500 millions de dinars dont la moitié en devises est à l’abandon. Certains disent ici que le promoteur s’est installé en Espagne avec une partie de l’argent du projet qui a été détourné. Quel gâchis pour le trésor public et la région.
Eviter les erreurs du passé
Nous empruntons une route nationale dont l’asphalte a été récemment refait pour visiter la côte située à l’est de Beni Saf. Nous reconnaissons l’effort fait par les autorités de la wilaya de Aïn Témouchent pour maintenir les routes en bon état et les sécuriser. Mais cet effort est tout à fait compréhensif quand on sait l’importance des projets qui sont en voie de réalisation tout au long de cette partie de la côte témouchentoise. Première halte, la plage de Sidi Djelloul.
C’est à partir de cette plage que le gaz naturel algérien va traverser la méditerranée pour approvisionner l’Espagne en cette énergie propre. Une grande station de compression sera opérationnelle avant la fin de cette année. Par mesure de sécurité, une bonne partie de cette belle petite plage sera fermer au public une fois le gazoduc mis en service.
Quelques kilomètres plus loin, une autre plage, Chatt El Hillal, qui abrite un autre grand projet, celui d’une station de dessalement d’eau mer. Cette gigantesque station d’une capacité de 200 000 m3 jour, une fois réceptionnée devra régler définitivement le problème d’approvisionnement en eau potable des wilayas de Aïn Témouchent et d’Oran. L’entrée en production de cette station prévue à la fin de l’année passée ne le sera qu’à la fin de 2009. A Chatt El Hillal, on se demande aussi si la plage serait fermée, une fois l’usine de dessalement d’eau de mer commencera à produire. Quelques kilomètres plus loin, une plage, celle de Terga. Une grande et magnifique plage encore épargnée par l’invasion du béton. On ne dénombre que quelques constructions dont certaines remontent à l’époque coloniale. Mais quelques deux kilomètres plus loin, un autre grand chantier, celui d’une centrale électrique d’une capacité de 1200 MW. Avant la fin de cette année, l’eau coulera en abondance dans les robinets des habitations de cette région.
De même les coupures d’électricité ne seront qu’un mauvais souvenir une fois la centrale électrique inaugurée. L’eau et l’électricité sont aussi deux atouts majeurs pour les futurs investissements dans cette wilaya. Mais beaucoup de personnes restent sceptiques quand on aborde avec eux les grands projets industriels ; le complexe d’aluminium, les usines pétrochimiques et le port commercial. Ici des craintes réelles subsiste quand à une pollution du littoral de cette région une fois les projets réalisés. «On à l’impression que l’erreur de la cimenterie est en train d’être rééditer ici, avec des risques beaucoup plus grand» dira un habitué de la plage Terga.
Avant de poursuivre «Le développement d’une région devrait se faire à partir de ses ressources propres. Et les ressources de notre région sont l’agriculture, le tourisme et la pêche». Des remarques pertinentes seront aussi faite sur ces projets futurs «Pour produire de l’aluminium, il faudrait beaucoup d’électricité? Et pour produire de l’électricité il faut du gaz naturel. Idem pour la pétrochimie Qui consomme beaucoup de pétrole. Donc ces projets seront dépendants d’une richesse non renouvelable, les hydrocarbures. N’oublions pas aussi que notre pays ne recèle pas de minerai d’aluminium. D’où cette question sur la rentabilité à long terme de ce genre de projets dans notre région» explique un cadre en vacance.
Nous poursuivons notre route à la découverte des plages du littoral Témouchentoi. Nous traversons de belles collines boisées avant d’aboutir à la plage de Sbiat située à une quarantaine de kilomètres à l’est de Beni Saf.La réalisation d’une route d’accès à cette plage a permis son ouverture au public. Un parking gardé a été aménagé par la commune de M’Saïd dont dépend cette plage. L’accès a été fixé à 50 dinars. Des cabines sahariennes abritent le poste de la gendarmerie, de la protection civile et le dispensaire. Les autorités n’ont pas oublié d’installer des sanitaires et des poubelles. Le site est vierge de toute construction. Ce qui l’épargne de toute forme de pollution. Un îlot coupe cette grande plage en deux. Et c’est avec plaisir qu’on pique une tête dans l’eau claire de cette plage. Ici, les femmes n’ont aucun complexe à nager en maillot de bain. «Si par malheur on autorise ici des constructions non intégrées dans un projet touristique aux normes internationales, cette magnifique plage subira le même sort que celle de Rachgoun » nous dira le militant d’une association de protection de l’environnement de Beni Saf.
Pas très loin de cette plage, une autre ferme aquacole attend toujours d’entrer en production. Cette dernière représente un investissement de l’ordre de 740 millions de dinars dont 350 millions en subvention et 314 millions en prêt bancaire. Elle doit produire mille tonnes de poisson et créer une centaine d’emplois. Ce projet a été visité par le ministre de la pêche et des ressources halieutiques en septembre 2005. Quatre ans plus tard la ferme aquacole de Sbiat et celle de Beni Saf n’ont produit aucun kilo de poisson malgré les milliards engloutis.
Quelques kilomètres plus loin, nous découvrons à partir de la route qui arrive au sommet d’une colline la ville de Bouzedjar et son port de pêche. La beauté du paysage nous coupe le souffle. Le centre du village débouche sur une petite plage coincée entre un rocher et une falaise.
(Suivra)
Reportage réalisé par Réda C.
La nouvelle république 14-09-2009
On parle même de l’avènement d’un maillot de bain «islamique» en provenance de Turquie Un maillot de bain qu’on a essayé de repérer, mais en vain. Autre temps, autres mœurs. Au complexe touristique Nabil et si on n’est pas résident, on doit dépenser 400 dinars par personne pour accéder à la plage dite la Marmite.
Ce montant donne droit à une place de parking, un parasol, une table et un transat. Mais il y a mieux, sur cette plage les femmes n’ont aucun complexe à nager en maillot de bain vu qu’elles sont nombreuses. Malgré les prix élevés de la location et ceux de l’accès aux plages et aux piscines les deux complexes touristiques de Rachgoun n’offrent pas une qualité de service qui réponde aux normes internationales. Nous n’avons croisé aucun touriste étranger tout au long de notre séjour. «Notre clientèle est constituée exclusivement d’Algériens venu des différentes régions du pays et de nos compatriotes vivant à l’étranger qui viennent ici joindre l’utile à l’agréable ; rendre visite à la famille et passer quelques jours au bord de mer» nous confie un hôtelier.
Mais le plus grand problème de Rachgoun tout au long de la saison estivale reste la pollution sonore. Du lever du jour jusque très tard le soir le bruit ne vous quitte à aucun moment : circulation automobile et des décibels à fond s’échappant des multiples commerces et des véhicules rendent difficile le sommeil. Ici, le rai est roi.
Mais avant de quitter Rachgoun, deux faits ont attiré notre attention. Le premier est d’ordre historique. Oued Tafna débouche sur la plage de Rachgoun, il marque la limite frontalière entre la commune de Beni Saf et celle d’Oulhaça. Cet oued à vu naître le premier royaume numide des Massaesyles et son roi, Syphax, qui a régné de 250 à 202 avant JC. Les ruines du tombeau qui devait accueillir sa dépouille sont visibles au sommet d’une colline. Et les archéologues situe le site d’implantation de la capitale de ce royaume, Siga, un kilomètre en amont de oued Tafna. Cet oued a donné aussi son nom au traité signé le 30 mai 1837 entre l’émir Abdelkader et le général Bugeaud suite à la défaite de l’armée coloniale française à Sickak. Malgré le fait que ce lieu est chargé d’histoire les concepteurs du plan d’urbanisme, qui n’a jamais été respecté, de Rachgoun n’ont à aucun moment prévu l’édification d’un musée. «Pourtant cette région à grandement besoin d’un lieu pouvant abriter son histoire et sa mémoire. Il est dommage que les dizaines de milliers de personnes qui viennent de toutes les régions du pays passer des vacances ici chaque année ne puissent pas prendre connaissance de cette riche histoire.
Il est important que les jeunes de ce pays sachent que leurs ancêtres bâtissait des villes il y plus de 2500 ans. Et qu’ils se sont durement battu pour préserver leur liberté» nous dira un enseignant à la retraite.
Et toujours concernant ce plan d’urbanisme conçu en l’an 2000 un immense hangar construit sur la rive gauche de Oued Tafna attire notre attention. Cette infrastructure devrait abriter une ferme aquacole. Cette ferme a été construite sur un site, qui selon le plan d’urbanisme, était destiné à abriter une discothèque, des terrains de sport et un parking. Au mois de septembre 2005, le ministre de la pêche et des ressources halieutiques inspecta ce projet dont les travaux à l’époque avoisinaient les 75%. Cette ferme devrait produire mille tonnes de loup de mer et de dorade et créer 60 emplois. Quatre ans plus tard, ce projet qui aurait coûté la bagatelle de 500 millions de dinars dont la moitié en devises est à l’abandon. Certains disent ici que le promoteur s’est installé en Espagne avec une partie de l’argent du projet qui a été détourné. Quel gâchis pour le trésor public et la région.
Eviter les erreurs du passé
Nous empruntons une route nationale dont l’asphalte a été récemment refait pour visiter la côte située à l’est de Beni Saf. Nous reconnaissons l’effort fait par les autorités de la wilaya de Aïn Témouchent pour maintenir les routes en bon état et les sécuriser. Mais cet effort est tout à fait compréhensif quand on sait l’importance des projets qui sont en voie de réalisation tout au long de cette partie de la côte témouchentoise. Première halte, la plage de Sidi Djelloul.
C’est à partir de cette plage que le gaz naturel algérien va traverser la méditerranée pour approvisionner l’Espagne en cette énergie propre. Une grande station de compression sera opérationnelle avant la fin de cette année. Par mesure de sécurité, une bonne partie de cette belle petite plage sera fermer au public une fois le gazoduc mis en service.
Quelques kilomètres plus loin, une autre plage, Chatt El Hillal, qui abrite un autre grand projet, celui d’une station de dessalement d’eau mer. Cette gigantesque station d’une capacité de 200 000 m3 jour, une fois réceptionnée devra régler définitivement le problème d’approvisionnement en eau potable des wilayas de Aïn Témouchent et d’Oran. L’entrée en production de cette station prévue à la fin de l’année passée ne le sera qu’à la fin de 2009. A Chatt El Hillal, on se demande aussi si la plage serait fermée, une fois l’usine de dessalement d’eau de mer commencera à produire. Quelques kilomètres plus loin, une plage, celle de Terga. Une grande et magnifique plage encore épargnée par l’invasion du béton. On ne dénombre que quelques constructions dont certaines remontent à l’époque coloniale. Mais quelques deux kilomètres plus loin, un autre grand chantier, celui d’une centrale électrique d’une capacité de 1200 MW. Avant la fin de cette année, l’eau coulera en abondance dans les robinets des habitations de cette région.
De même les coupures d’électricité ne seront qu’un mauvais souvenir une fois la centrale électrique inaugurée. L’eau et l’électricité sont aussi deux atouts majeurs pour les futurs investissements dans cette wilaya. Mais beaucoup de personnes restent sceptiques quand on aborde avec eux les grands projets industriels ; le complexe d’aluminium, les usines pétrochimiques et le port commercial. Ici des craintes réelles subsiste quand à une pollution du littoral de cette région une fois les projets réalisés. «On à l’impression que l’erreur de la cimenterie est en train d’être rééditer ici, avec des risques beaucoup plus grand» dira un habitué de la plage Terga.
Avant de poursuivre «Le développement d’une région devrait se faire à partir de ses ressources propres. Et les ressources de notre région sont l’agriculture, le tourisme et la pêche». Des remarques pertinentes seront aussi faite sur ces projets futurs «Pour produire de l’aluminium, il faudrait beaucoup d’électricité? Et pour produire de l’électricité il faut du gaz naturel. Idem pour la pétrochimie Qui consomme beaucoup de pétrole. Donc ces projets seront dépendants d’une richesse non renouvelable, les hydrocarbures. N’oublions pas aussi que notre pays ne recèle pas de minerai d’aluminium. D’où cette question sur la rentabilité à long terme de ce genre de projets dans notre région» explique un cadre en vacance.
Nous poursuivons notre route à la découverte des plages du littoral Témouchentoi. Nous traversons de belles collines boisées avant d’aboutir à la plage de Sbiat située à une quarantaine de kilomètres à l’est de Beni Saf.La réalisation d’une route d’accès à cette plage a permis son ouverture au public. Un parking gardé a été aménagé par la commune de M’Saïd dont dépend cette plage. L’accès a été fixé à 50 dinars. Des cabines sahariennes abritent le poste de la gendarmerie, de la protection civile et le dispensaire. Les autorités n’ont pas oublié d’installer des sanitaires et des poubelles. Le site est vierge de toute construction. Ce qui l’épargne de toute forme de pollution. Un îlot coupe cette grande plage en deux. Et c’est avec plaisir qu’on pique une tête dans l’eau claire de cette plage. Ici, les femmes n’ont aucun complexe à nager en maillot de bain. «Si par malheur on autorise ici des constructions non intégrées dans un projet touristique aux normes internationales, cette magnifique plage subira le même sort que celle de Rachgoun » nous dira le militant d’une association de protection de l’environnement de Beni Saf.
Pas très loin de cette plage, une autre ferme aquacole attend toujours d’entrer en production. Cette dernière représente un investissement de l’ordre de 740 millions de dinars dont 350 millions en subvention et 314 millions en prêt bancaire. Elle doit produire mille tonnes de poisson et créer une centaine d’emplois. Ce projet a été visité par le ministre de la pêche et des ressources halieutiques en septembre 2005. Quatre ans plus tard la ferme aquacole de Sbiat et celle de Beni Saf n’ont produit aucun kilo de poisson malgré les milliards engloutis.
Quelques kilomètres plus loin, nous découvrons à partir de la route qui arrive au sommet d’une colline la ville de Bouzedjar et son port de pêche. La beauté du paysage nous coupe le souffle. Le centre du village débouche sur une petite plage coincée entre un rocher et une falaise.
(Suivra)
Reportage réalisé par Réda C.
La nouvelle république 14-09-2009

