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Saison estivale 2009 Le tourisme à la croisée des chemins (VI)

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Le chantier de l’autoroute est-Ouest s’arrête ici. Nous passons à proximité de l’ouvrage d’art de cette autoroute qui va enjamber la RN07. Plus loin, la route nationale longe la frontière marocaine. Presque chaque trois cents mètres, été édifié un poste de surveillance marocain. Difficile de croire qu’avec un tel quadrillage des frontières coté marocain il puisse y avoir une telle activité des contrebandiers. « Il ne faut pas se leurrer, nous dira notre interlocuteur, les marocains ont renforcé la surveillance de cette partie des frontières de peur du terrorisme.

 Il n’y pas plus grand ennemi pour un pays touristique que le terrorise. Pour le reste, la contrebande, le trafic de carburant et de drogue, les services de sécurités marocains ferment les yeux. ». Dans un champ, à quelques kilomètres de la frontière marocaine des baudets paissent paisiblement après peut être une dure nuit de labeur. Le soir venu, ces baudets seront appelés à transporter, seuls, des jerricans remplis de carburants à destination du Maroc. Marsat Ben Mhidi enfin. A presque un kilomètre de cette station balnéaire la frontière algéro-marocaine n’est séparé que par un oued. Des deux cotés de l’oued les automobilistes, algériens et marocains, s’arrêtent pour se saluer, se parler et prendre des photos. Une large et longue route longe la plage qui grouille de monde en ce mois d’août. En réalité, Marsat Ben Mhidi devrait être à l’origine une très belle plage que l’urbanisation sauvage a fini par enlaidir. Quelques hôtels, dont certains de constructions récentes, donnent sur la plage. Le reste des bâtisses appartiennent à des particuliers qu’ils offrent à la location durant la saison estivale. En moyenne, une chambre d’hôtel avec commodité est louée à 5000 dinars la nuit. Dans ce monumental ratage touristique et architectural l’Etat tente, avec des projets qu’il finance, d’apporter un nouveau souffle à ce site qui commence à perdre de sa réputation. Un port de pêche et de plaisance dont les travaux sont en voie d’achèvement sera inauguré dans les prochains mois. Avec un bassin d’une superficie de prés de quatre hectares ce port pourra abriter 68 petits métiers et quelques sardiniers et chalutiers. Coté tourisme, cette infrastructures à une capacité d’accueil de 124 bateaux de plaisance. Mais le nouveau port de plaisance de Marsat Ben Mhidi va-t-il concurrencer le gigantesque projet touristique de Saida au Maroc ? L’Algérie peut-elle rattraper le retard ? A l’extrême limite ouest de la plage de Marsat Ben Mhidi se trouve la station balnéaire de Saidia. Seul un petit oued sépare les deux plages est constitue la frontière entre les deux pays. Plusieurs vacanciers algériens ne ratent pas l’occasion de prendre des photos à la limite de la frontière. Un garde frontière algérien demande aux automobilistes de ne pas garer leurs voitures en bordure de la route qui longe le tracé frontalier. De l’autre coté de la frontière apparaissent des construction ne dépassant pas en hauteur le R+2 faisant face à la mer. L’architecture des constructions est identique. Au loin sont visibles des grues géantes plantées en pleine mer. C’est le chantier de construction de la nouvelle marina de Saidia. Ce futur port de plaisance, que le royaume Chérifien veut qu’il soit l’un des plus grand en méditerranée, s’étend sur 500 hectares et longe la cote sur prés de sept kilomètres. Une fois complètement achevé il offrira 850 mouillages pour des bateaux de plaisances allant de 7 à 50 mètres. Une partie de ces mouillages ont déjà étaient vendu à des français, des anglais et des espagnols. Le prix des locations varie selon les hautes et les basses saisons. Il est de quatre à six euros par jour pour les petites embarcations et peut atteindre les 200 euros pour les embarcations de cinquante mètres. Une fois totalement achevée la marina permettra la création d’une centaine d’emplois directs et quatre cents autres indirects. Mais le grand projet touristique de Saidia ne s’arrête pas au seul port de plaisance. Les autorités marocaines ont dégagés une superficie de 7 000 héctares devant abriter une gigantesque station balnéaire à quelques mètres de Marsat Ben Mhidi. « Mediterrania Saidia », le nom donné à ce complexe touristique comprendra neuf hôtels de haut standing, douze villages touristiques, dont un club Marmara de 350 chambres, huit résidences touristiques de 2700 appartements et trois cents villas. Trois parcours de golf à 18 trous chacun, un aquaparc, un centre de thalassothérapie, des restaurants et le plus grand centre commercial du Maroc complètent les infrastructures. L’architecture des constructions doit impérativement être de style arabo-andalou ne dépassant pas la hauteur de R+2. Le coût total de cette investissement financé par l’Etat marocain et des opérateurs privés dépasse les deux milliards de dollars. Une fois achevé, ce projet créera 8 000 emplois directs et 40 000 autres indirects. La saison estivale 2009 a déjà vu l’ouverture de trois hôtels d’une capacité de 3 000 lits et de 500 autres lits en résidence touristique. A un moment où le Maroc et la Tunisie lancent de nouveaux projets touristiques et mettent à niveau ce qui est déjà existant, l’Algérie n’arrive toujours pas à faire décoller son secteur touristique malgré le retour de la stabilité et une aisance financière sans pareille depuis l’indépendance du pays. « Il faut qu’on arrive à comprendre que le marché touristique mondial est très concurrentiel et la bataille est rude entre les pays. Pour qu’on s’intègre dans ce marché il faut qu’on propose des infrastructures et des services de qualité » nous explique un expert en la matière. Avant d’ajouter que: «Développer le tourisme chez nous n’est pas seulement tributaire des statistiques concernant le nombre de lits actuellement en construction. Mais surtout de savoir si ce qui est entrain de se construire répond aux normes exigées de par le monde dans l’activité touristique. Tout au long de notre littoral nous trouvons pleins d’hôtels de constructions récentes ou en chantier. Ils sont petits, d’une architecture sans âme et ne font le plein que deux mois par an, durant la saison estivale. Presque la totalité des lits hôteliers en fonction dans les sites balnéaires n’ont aucune chance d’attirer une clientèle étrangère. Même la clientèle algérienne est devenue exigeante et préfère passer des vacances en Tunisie, au Maroc et si l’obstacle du visa ne se pose pas en Espagne et en Turquie ». Pour les spécialités le rôle de l’Etat dans le développement du tourisme est déterminant: « L’Etat ne doit pas permettre qu’on dilapide le foncier touristique où qu’on porte atteinte à l’environnement des sites potentiellement porteurs. L’Etat ne doit accompagner et soutenir que des projets touristiques d’envergure pouvant viser le marché international. Il y a aussi le marché local. Le quelque un million et demi d’Algériens qui passent leurs vacances à l’étranger annuellement aimerait bien rester dans leur pays s’ils trouvent des infrastructures touristiques adéquates et une qualité de service à la hauteur de leurs exigences. Il ne faut pas oublier que nous avons un beau pays », souligne un opérateur en tourisme. En 2004, les Algériens qui se sont déplacés à l’étranger pour raison de vacances ont pris avec eux 340 millions de dollars dans le cadre de l’allocation touristique autorisée par la banque d’Algérie. A ce montant il faudrait ajouter les devises que nos ressortissants prennent avec eux par l’intermédiaire du marché de change parallèle. Pas moins de un milliard de dollars sont dépensés par les Algériens qui se déplacent durant la saison estivale en Tunisie, au Maroc et dans d’autres pays comme l’Espagne et la Turquie. A cette manne s’ajoute notre forte communauté installée à l’étranger qui est elle aussi à la recherche d’infrastructures touristique à la hauteur dans son pays d’origine pour passer des vacances. « Tout le monde sait qu’il existe un marché touristique potentiel dans notre pays. Il y a une forte demande intérieure représentée par une clientèle de plus en plus exigeante en termes de qualité. Il y a aussi une importante demande de tour-opérateurs étrangers à la recherche de nouvelles destinations touristiques. Il est temps pour le gouvernement algérien de prendre conscience de cette réalité et de lancer à court et moyen terme des projets de nouvelles infrastructures touristiques capable d’être proposés sur le marche internationl. Si le groupe Mehri et son partenaire proposent un projet qui répond à cet objectif, on ne comprend pas les lourdeurs bureaucratiques qui freinent la réalisation de cet investissement », insiste un spécialiste du domaine. Avant d’ajouter :« Nous avons peur dans notre pays que le jour où il n’ y aura plus de pétrole, on paiera très cher notre lourdeur et notre laisser-aller à développer d’autres richesses et à diversifier notre économie. Pourtant notre pays est riche en ressources naturelles qui n’attendent que d’être développé es». A Saïdia les bâtisseurs poursuivent la réalisation de la « nouvelle Côte d’Azur » de la rive sud de la Méditerranée tandis qu’en ce début du mois de Ramadhan, tout au long des 1 200 km du littoral algérien, les plages et les villages côtiers vont sombrer dans un profond sommeil en attendant la prochaine saison estivale pour se réveiller, se faire un peu d’argent, sans se soucier de l’avenir. (Suite et fin)

Reportage réalisé par Réda C.

La nouvelle république 16-09-2009

 
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